L’Insolite du jour
×


Les débuts de l’aéronautique à Clairac

Au départ, il y a une carte postale du début du XXe siècle : « Départ de Kuhling à l’aérodrome de l’Usclade (monté sur monoplan Blériot) – Clairac ». Et les questions arrivent : Il y avait donc un aérodrome à Lusclade, dans la plaine de Longueville ? Pourtant, ce rideau d’arbres ne ressemble guère aux champs de la rive gauche du Lot… Pour cet événement, une carte postale spéciale a été éditée ?
kuhling-vol

Et cette carte reste mise de côté dans son classeur, bien qu’elle ne soit pas très fréquente chez les cartophiles.

Jusqu’au jour où l’on décide de se renseigner sur ce fameux Kuhling, venu faire une démonstration aéronautique à Clairac.

kuhling-portrait

Paul Louis Kuhling est né le 13 décembre 1870 à Düsseldorf, naturalisé français le 23 mars 1891, et libéré de ses obligations militaires le 1er décembre 1918, après avoir effectué la guerre dans l’artillerie puis l’aviation ; nous ignorons la date de son décès. En juillet 1910 il obtient son brevet de pilote sur monoplan Blériot, et dès lors, il enchaîne les performances, plus de 300 meetings en près de 3 ans ! Sa fière moustache nous ramène aux belles années des brigades du tigre, et devaient lui permettre de séduire sans peine les jolies villageoises venues l’admirer. Le monoplan Blériot, c’est celui sur lequel en juillet 1909 Louis Blériot avait fait la première traversée de la Manche en 37 minutes ! L’avion mythique est aujourd’hui conservé au musée des Arts et Métiers, à Paris.

monoplan-bleriot

Mais revenons à Clairac, et lisons plutôt L’Express du MidiExtrait de l’Express du Midi du 19 avril 1911
, quotidien publié à Toulouse, en date du 19 avril 1911 : « La vive curiosité que suscite à Clairac la journée d’aviation du 23 avril croît tous les jours. Les listes de souscriptions se remplissent très vite, tous les Clairacais voulant s’associer à cette magnifique fête. M. Kuhling, venu samedi, a déclaré que le terrain de Lusclade, qui est à 500 mètres environ de Clairac se prêtait merveilleusement aux épreuves d’aviation ». Dans ses souvenirs parus dans Le populaire du Lot-et-Garonne, Rodolphe Roubet racontait l’événement auquel il assista le 23 avril : « L’aérodrome fut improvisé à Lusclade. Une foule considérable répondit à l’appel des organisateurs et, malgré un temps incertain, l’aéroplane prit son vol… L’appareil s’éleva à quelque deux cents ou trois cents mètres, survola Bourran et la plaine qui l’entoure et revint atterrir impeccablement sans avoir essayé de traverser le Lot et d’évoluer au-dessus de Clairac ».

Oui, ces meetings étaient des fêtes exceptionnelles (l’homme ne volait que depuis quelques années), et pour les pilotes-aventuriers, ils étaient devenus un moyen de subsistance et de financer leur passion. En 2012, Le Télégramme de Brest rappelait que pour une performance de Kuhling à Vannes en avril 1912, 30 000 personnes s’étaient déplacées dont l’évêque, le préfet et le maire ! Les places dans les tribunes étaient vendues 3 francs, 2 francs dans l’enceinte et 50 centimes sur la pelouse : 10 000 francs de recette.

Finissons en revenant à notre carte postale, car c’était un revenu supplémentaire pour les aviateurs qui se déplaçaient de ville en ville avec une carte toute prête sur laquelle il n’y avait plus qu’à réimprimer le nom du village et de son « aérodrome d’un jour ». Et si l’on explore d’un peu plus près L’Express du Midi, on découvre que l’article était presque dupliqué d’une performance à l’autre : ainsi, le 3 avril 1911 (15 jours plus tôt), le journaliste écrivait à propos d’un meeting à Cazaubon « M. Kuhling, venu vendredi, a déclaré que notre champ de courses se prêtait merveilleusement aux épreuves d’aviation et son engagement est quasiment acquis »…

Quelques années plus tard, c’est dans cette même plaine de Lusclade que se posait l’avion privé des Schlumberger quand ils venaient en villégiature dans leur propriété de Roche.

img_mag
img_mag
img_mag