Escalier du château
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Marguerite Sagrini (1876-1969), née Faragou

Entre la rue Jeanne-d’Arc et la place de La Roque, divers escaliers relient la rue des Fossés à la rue Puzoque. Bien nommée rue des Fossés car, effectivement, elle occupe la place du fossé que dominait l’enceinte médiévale de Clairac dont quelques vestiges s’aperçoivent encore à l’approche de la place de La Roque ; mais l’observateur aura vite constaté que les façades nord des maisons de la rue Puzoque sont toutes alignées, surplombant la rue basse. L’alignement s’explique pour une raison bien simple : ces maisons étaient « appuyées » sur la muraille, plus tard, quand cette dernière fut démantelée, les maisons reconstruites s’ouvrirent largement sur le village et la nouvelle enceinte éloignée de quelques centaines de mètres.

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Aquarelle sur papier.
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Revenons à notre escalier et à son nom : il n’y eut jamais de château au sens strict du terme à Clairac, le pouvoir étant détenu par l’abbé qui exerçait droit de haute et basse justice sur ses administrés. Nous n’y connaissons aucune trace de pouvoir féodal. Et le fort qui exista en aval de l’abbaye étaient probablement destiné à garantir celle-ci du côté où Clairac était le moins protégé. Parfois les légendes populaires se substituent à l’histoire… pourquoi pas : les Clairacais nommaient « château » la maison qui longeait notre escalier. Sur le côté droit de l’aquarelle de Madame Sagrini (comme l’appelaient les Clairacais) se dresse un haut mur, seulement percé de deux fenêtres sur le levant. C’est celui de l’ancienne maison ayant appartenu aux Bar de Mauzac, famille noble originaire du Tarn, à la suite du mariage de Pierre de Bar, baron de Mauzac, avec Marguerite de Sellier, nièce de Gérard Roussel. Celui-ci avait été nommé abbé de Clairac par Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre. À sa mort, il légua l’essentiel de ses biens à ses neveux et nièces, comme l’a rappelé Philippe Chareyre lors du colloque « Clairac et la Réforme » en 2018. Ces biens étaient notamment fonciers et il est vraisemblable que celui dont nous parlons, à quelques dizaines de mètres de l’abbaye, appartenait à Roussel.
Cette vue de la façade arrière est la seule représentation ancienne qui soit connue ; aucune ne subsiste de la façade principale sur la rue Puzoque. Toutefois, deux éléments nous permettent d’imaginer ce que fut cette maison : le très haut toit – incongru dans la basse vallée du Lot – que l’on voit sur plusieurs photographies anciennes ou cartes postales, et les cheminées qui subsistent aujourd’hui, poétiquement accrochées au mur de la maison Labat de Vivens.
Au fil du temps, les Grossoles de Flamarens (propriétaires du château de Buzet) héritèrent de la maison, puis les Saffin, dont la descendante Louise de La Corrège qui la vendit. Un incendie, vers 1900, détruisit l’ensemble, rapidement détruit comme le montre la photo ci-dessous prise par M. Delpech ; les poutres furent vendues, dit-on, à un boulanger pour alimenter son four. Le tout fut racheté en 1915 par M. Dubreil. C’est aujourd’hui… un parking.

Les Faragou comptaient des chapeliers dans leur famille ; une profession répandue à Clairac ; à l’âge de 45 ans, Marguerite Faragou épousa Gabriel Sagrini (maire de Bourran de 1929 à 1933), fils de Charles Sagrini, professeur de piano, et de Marthe Larrat. Ils habitaient l’ancienne propriété de Poulard, à Saint-Brice. Certains anciens Clairacais se souviennent encore de Madame Sagrini qui venait à Clairac dans sa carriole tirée par un cheval… Dans les années 1960, sur les conseils de Claude Martin, elle donna aux Archives départementales d’Agen de nombreuses archives conservées à Poulard rassemblées par le Dr Larrat, ancien maire de Clairac. Ce « fonds Sagrini » est bien connu de tous ceux qui travaillent sur l’histoire de notre cité.

Marguerite Sagrini possédait un réel talent artistique et représenta de nombreux points de vue pittoresques de Clairac, souvent à l’aquarelle, conservées dans les familles clairacaises.

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Silhouette de Clairac, avant 1900. Photographie anonyme.
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L’escalier du château, © Olivier Tramond 2020.
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Le « château » démoli, vers 1900. Photographie Delpech.
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Les cheminées, 2019.
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