Rue Esclopière
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Guillaume Alaux (1856-1912)

Dans la longue dynastie des peintres et architectes que compte la famille Alaux, Guillaume est l’un de ceux qui vint plusieurs fois à Clairac, chez ses amis Delpech. Il y puisa souvent l’inspiration, comme le montre le catalogue de la Société nationale des Beaux-Arts en 1905 où il expose notamment Vieille rue à Clairac, Rue de la Puzoque, Rue de l’Esclopière… C’est ce dernier tableau que nous avons ici sous les yeux.

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Carte postale d’après le tableau exposé au Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1905, à Paris.
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Nous ne reviendrons pas sur l’histoire de cette pittoresque rue clairacaise à laquelle une autre fiche du musée virtuel est consacrée. En revanche, l’une des Amies de Clairac plus observatrice que d’autres, Florence, a fait cette remarque : « Avez-vous noté que ces deux Clairacaises sont coiffées de quichenottes ? »… Après enquête, il s’avère que ces coiffes sont vendéennes et qu’elles sont une déformation de l’expression anglaise « Kiss me not » ; en effet, qui se risquerait à déposer un rapide baiser sur une joue si bien protégée, même si nos deux modèles ont visiblement un âge qui devrait les mettre à l’abri d’un baiser volé ? Trêve de plaisanterie : Bordelais, Guillaume Alaux a souvent peint la côte Atlantique et il a probablement trouvé que la touche blanche de ces quichenottes animerait mieux sa composition que la coiffe traditionnelle de Clairac qui n’aurait permis que deux petites taches.
Cette notice va donc s’attarder sur ces coiffes qui étaient l’apparat des femmes de nos contrées gasconnes, de Marmande à Agen, de Clairac à Villeneuve. Une carte postale, éditée par Martin, met d’ailleurs à l’honneur une Clairacaise et sa « coiffure du pays ». Celle-ci est étrangement assise sur une branche d’arbre, son ombrelle à ses pieds ; sa position de trois-quarts arrière met bien en valeur la fine dentelle qui se détache sur ses cheveux bruns. Il s’agissait d’un mouchoir, dont la dimension et la qualité de la dentelle révélaient la position sociale de la belle, tourné autour du chignon, tout en laissant un large pan flotter au vent, à la manière d’un « suivez-moi jeune homme ». Des concours étaient même organisés, qui attiraient des dizaines de candidates rivalisant d’ingéniosité, où de stricts jurys réunissant les canotiers de quelques édiles locaux et les chapeaux à plumes d’impassibles bienfaitrices décidaient de celle qui aurait su nouer son mouchoir de la plus belle manière, tout en gardant l’indispensable modestie qui convient.

Au fil des cartes postales anciennes, poèmes et dictons soulignent la coquetterie de nos aïeules :
« La Gasconne est fort bien sous son foulard de faille
  Elle est vraiment superbe avec sa fière taille. »
« L’Ageneso, damb soun beroi mouchouer de cat… »
« Beroi foulard gascoun, oun n’ès, tu, dounc passat…
 »

Plus âgées, nos Clairacaises faisaient disparaître leurs cheveux blanchis sous un austère carré de tissu noir ne laissant plus apparaître que leur visage hiératique. La carte postale d’une trieuse de chasselas rappellera à certains ces femmes qui, assises devant leur maison le soir, nettoyaient les grappes de raisin ; on en voyait encore dans les années 1940 rue des Couteliers et à l’entour.

Guillaume Alaux (1856-1912) appartient à une très longue dynastie d’architectes et de peintres, toujours active aujourd’hui. Il était le fils de Gustave Alaux (1816-1882) architecte, petit-fils de Jean-Paul Alaux (1786-1864), peintre et ancien directeur de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux, arrière-petit-fils du peintre Pierre-Joseph Alaux (né en 1756). Une tradition maintenue dans les générations suivantes : décédé le 14 avril 2020 à 94 ans, Jean-Pierre Alaux était peintre officiel de la marine depuis 1975.

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Traduction des poèmes gascons ci-dessus.

Au foulard gascon

Joli foulard gascon, où es-tu donc passé,
Oh toi qui si longtemps a représenté la coquetterie ?
Les gens, devenus fiers, mon pauvre, l’ont dénigré
Et quand ils parlent de toi, ils s’en moquent, les drôles !

Car elles étaient glorieuses avec ces coiffes toutes décorées
De jolis pans de rubans, de fils ou de bordures,
Qu’on aurait honte, sûr, de porter aujourd’hui
Son mouchoir de tête de biais pour toute coiffure.

Pourtant nos grands-mères longtemps s’en sont coiffées,
Les galants de cette époque jamais ne les méprisaient,
Portés simplement, ils étaient quand même aimés ;
Aujourd’hui c’est différent : le « progrès » va son train.

Armanac de la Gascogne

L’Agenaise

Dans son mouchoir de tête
Ses cheveux luisants relevés
Et son air réjoui,
Que l’Agenaise est belle !
Quand pour un rien elle festoie,
Elle va au Gravier se promener,
À tous les amis elle fait envie ;
On voudrait l’embrasser
Sur la bouche.

M. G.