La Baille à Clairac
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Claude Verdier

Voici un bien étrange vaisseau, baptisé « L’incompréhensible » navigant sur des eaux improbables… Une caricature, certes, mais qui contient beaucoup d’éléments pourtant compréhensibles liés à la vie de Clairac.

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Dessin à la plume, 29 novembre 1943 © Yves Montjean, collection La Mémoire du fleuve
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Son titre d’abord : La Baille à Clairac, sa date : 29 novembre 1943. Même si cela paraît toujours improbable à certains, l’École navale (familièrement appelée la Baille par ses élèves) se réfugia pendant la Seconde Guerre Mondiale à Clairac dont le port n’est pourtant pas comparable à ceux de Brest ou de Toulon…
En juin 1940, l’École créée en 1830 avait du quitter Brest, face à l’avancée allemande, dispersée entre Toulon, Darmouth ou Dakar, puis démobilisée en décembre 1942. À l’été 1943, la promotion 1942 fut rappelée, pour se regrouper à Clairac, à l’instigation de son maire, le commandant Maurice Baril. Le village n’est pas occupé par les Allemands, son plan d’eau n’est pas négligeable grâce au barrage, et les possibilités d’hébergement importantes. Aux yeux de l’occupant, il s’agissait d’un centre de formation maritime dirigée par d’anciens officiers mais pas d’une école militaire…
C’est ainsi que près de 300 marins se retrouvèrent aux pieds de l’abbaye bénédictine, au pays de la prune et du tabac. L’État-major – sous la direction du capitaine de vaisseau Lacaille d’Esse – s’installa dans les locaux de l’abbaye, prêtés par ses propriétaires ; les élèves investirent le petit château de Castille, sur la route de Tonneins, et les officiers le château de Bireboy, à mi-chemin. Et les familles des officiers, encadrants ou professeurs civils s’installèrent chez l’habitant. Rapidement, des baraquements furent construits à Castille pour accueillir les cours, et le village se mit à vivre au rythme des exercices des baleinières sur le Lot et des défilés de jeunes hommes avenants dans les rues ; d’ailleurs plus d’un fit chavirer le cœur des Clairacaises et laissa tomber les rames pour devenir qui boulanger, qui électricien…
Cette cohabitation se prolongea jusqu’en août 1944 où 16 officiers, 147 officiers-mariniers, quartiers-maîtres, matelots et 91 « Bordaches » se regroupèrent en unité combattante pour rejoindre le maquis des FFI de Nérac, après une marche nocturne de 40 km qui leur fit passer la Garonne au Mas-d’Agenais, afin de soutenir les alliés.
Ramenée à Clairac en janvier 1945, l’unité fut dissoute le lendemain ; officiers et élèves furent affectés sur différents bâtiments comme le croiseur Duquesne.

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La construction des baraquements à Castille. © Yves Montjean, collection La Mémoire du fleuve.

Aujourd’hui encore, l’École navale se souvient de cette page de son histoire, comme en ont notamment témoigné les manifestations de 1964 ou de 2004. L'auteur du dessin, Claude Verdier, est le 4e élève du rang du bas en partant de la droite sur la photographie ci-dessous. Né en 1923, il était enseigne de vaisseau en 1945. En 1975, alors qu'il était capitaine de vaisseau en Nouvelle-Calédonie, il fut associé à l'invention de l'épave de la corvette Aventure, naufragée en avril 1855 au large de l'île des Pins au sud de Nouméa.

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Les élèves officiers (Bordaches) à Castille.
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Salle d’études à Castille.
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À Maubourguet, mise à l’eau des baleinières. © Yves Montjean, collection La Mémoire du fleuve.
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Vent arrière sur le Lot. © Yves Montjean, collection La Mémoire du fleuve.
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14 juin 1964 : la musique de la Flotte à Clairac. Sud-Ouest et photographie Michel Lajoie.
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6 avril 2004 : pose de la plaque commémorative à l’abbaye. Sud-Ouest.
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