Place de La Roque
×


Alexandre de Lalobbe (1848-1919)

Peu de Clairacais se souviennent encore que la placette formée par la rencontre de la rue Puzoque et de la rue des Fossés porte le nom de place de La Roque ; un nom bien compréhensible car elle est en surplomb du Lot, posée sur le rocher, au pied de la muraille médiévale qui redescendait à ce niveau vers la rivière.

la_roque-Lalobbe.jpg
Huile sur toile.
img_mag

Faisons le tour de la place ensemble. Au débouché de la rue Puzoque, l’ancienne maison de la famille Boulle : un nom dont se souviennent tous ceux qui auront été élèves de M. Boulle à l’école communale ; cette maison remplace celle que les Lartigue avaient acquise en 1742 et qui s’effondra dans le Lot vers 1800 ! À l’angle de la rue Larrat, la maison du Dr Reilhac dont le jeune fils Eugène fut nommé Compagnon de la Libération par le général de Gaulle, après sa disparition en mission, en 1943. C’était auparavant la maison du Dr Anatole Larrat qui donna son nom à la rue. Plus bas, l’imposante maison agrémentée d’une cour fut celle du Dr Jacques Pucheran, neveu de Serres, patron du Museum de Paris ; ses ancêtres étaient tanneurs, ce qui se comprend quand on sait que plusieurs sources émergent sous la maison. La maison mitoyenne appartint longtemps à la famille Desmazes puis, au XXe siècle, à Gajac, négociant en blé et prunes ; qui se souvient encore de Marie-France Garaud, conseillère occulte de Jacques Chirac à ses débuts ? Enfant, elle venait y passer des vacances, chez son oncle Gajac… Dominant la place, solidement assise sur les vestiges du rempart, la maison qui fut au XVIIe siècle celle des Bar de Lunel, et au XVIIIe des Bacalan. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, c’est là qu’habita Dominique de Ménil, née Schlumberger, avant de partir aux États-Unis et de créer à Houston l’une des plus importantes collections d’art contemporain au monde.
Mais revenons à notre tableau ; quelque chose ne vous surprend-t-il pas ? Alexandre de Lalobbe a effacé le pont, d’un coup de pinceau ! La photographie contemporaine de l’œuvre nous montre qu’il était forcément dans le champ de vision du peintre…
Il y a quelques années, l’arbre que l’on voit sur le tableau et sur la photographie a été supprimé ; il devenait trop imposant et dangereux. Dans un autre tableau, peint à la même époque, Lalobbe a tourné son chevalet vers le Lot, favorisant la vue de Longueville et les arbres de la rive revêtus de teintes automnales.

C’est par son mariage que le champenois Alexandre Canelle de Lalobbe (1848-1919) est arrivé à Clairac, où il acheta en 1909 la propriété du Sinange. Ancien officier, il avait quitté l’armée à la suite de ses blessures lors de la fameuse bataille de Woerth en 1870. Jeune, il avait suivi les cours du peintre Cals, époux de l’une de ses cousines. À partir de 1881, il exposa régulièrement au Salon des artistes français, à Paris. Peintre de la nature, il se déplaçait avec son chevalet mais travaillait aussi à partir des nombreuses photographies qu’il faisait. À Clairac, il trouva une lumière qu’il avait sans doute cherché toute sa vie, dans la lignée du travail des impressionnistes deux décennies plus tôt : au fil de ses tableaux, il joue avec le ciel étincelant de la vallée du Lot, les rouges des tuiles et des volets, les verts des treilles mais aussi des cyprès, les teintes pastel des roses trémières qui étaient l’un de ses motifs favoris. À la veille de sa mort, en janvier 1919, il peignait encore les effets de la lumière sur la neige au Sinange.

la_roque-Delpech.jpg
Longueville, depuis la place de La Roque, Alexandre de Lalobbe.
img_mag
la_roque-Longueville.jpg
Le pont suspendu, depuis la place de La Roque. Photographie Delpech.
img_mag
la_roque-2007.jpg
La place de La Roque en 2007.
img_mag
la_roque- Reilhac.jpg
Maison Pucheran en 2009.
img_mag