Octroi du pont suspendu
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Charles Laffitte

Le pont construit en 1832 à travers la société créée par les « Sieurs Balguerie et Compagnie » était une entreprise privée qui avait répondu à la souscription lancée par l’État ; ses statuts avaient été déposés le 15 octobre 1831 chez Blaquière, notaire à Clairac, pour un investissement total de 275 000 francs ; l’ordonnance royale avait accordé un bail emphytéotique de 99 ans. Celui qui voulait emprunter le pont devait payer un octroi ; pour ce faire, à l’entrée du côté de Clairac, un pavillon abritait l’agent chargé de percevoir ce péage. Si l’on observe la peinture de Charles Laffitte, on peut voir, affichée sur le mur, l’affichette mentionnant les tarifs : par exemple 0,25 francs pour un piéton, 0,025 pour une paire d’oies, 0,10 pour un bœuf ; et si le cabriolet à un cheval s’acquittait de 0,60 francs, il en coûtait 3,30 francs pour une voiture de poste à 4 chevaux !
Mais les Balguerie n’avaient pas prévu qu’une loi allait être votée en 1880 prescrivant la suppression des péages dans un délai de 8 ans ; le 31 décembre 1885, une convention de rachat était passée entre le département et les concessionnaires, au grand dam des Balguerie.

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Aquarelle sur papier, 1918.
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Ici, dans une ambiance matinale détendue qui peut surprendre en 1918, nous surprenons la vie quotidienne des Clairacais causant près de la boulangerie Rabié ; c’est l’été, une petite fille accompagne sa mère et porte un bouquet de fleurs jaunes ; assis sur le parapet du quai, un homme lit la lettre que l’un de ses camarades lui a sans doute envoyé du front, « On les aura ! » ; deux amies devisent, leur panier à la main ou sur la tête avant de traverser le Lot pour rejoindre Longueville. Accrochés à la façade, des isolateurs électriques nous rappellent que Clairac est électrifié depuis plus de deux décennies, grâce au moulin et à l’ingéniosité de Gabriel Martin et René Bichon.
Si l’on veut se rendre compte de ce que pouvaient être ces postes d’octroi, il suffit de se rendre à Vianne où, non seulement le pont suspendu existe encore – comme à Roussannes –, mais ses deux pavillons également.

La vie de Charles Laffitte, décédé dans les années 1930, nous est mal connue ; la famille de Jean Pons ayant été très proche de cet artiste à la fin de sa vie, seul ce dernier peut encore témoigner. Probablement bordelais, qui aurait enseigné les mathématiques, Charles Laffitte a du venir à Clairac au début du XXe siècle. Célibataire, il habitait route de Villeneuve. On connaît de lui diverses vues de Clairac : le pont, l’île de Pont-Peyrin, la cale et ses lavandières…

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Action de la Compagnie du pont de Clairac, 1832.
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Le pont suspendu vers 1900. Photographie anonyme.
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Tarif du péage, extrait de l’ordonnance de concession, 1832.
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Pont suspendu de Vianne (Lot-et-Garonne), pavillons d’octroi.
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