Place de l'Église
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Alexandre de Lalobbe (1848-1919)

Par une belle après-midi ensoleillée, c’est sur la place de l’Église qu’Alexandre de Lalobbe posa son chevalet dans les années 1900. Dans une fine variation colorée (bleu du ciel, vert de gris du porche, vert plus intense de la treille, ocre des tuiles canal…), il crée une vibration qui rend à merveille l’atmosphère assoupie de la place que traverse une vieille femme dont les cheveux blancs dépassent à peine sous son foulard noir. Nous sommes face à l’ancien couvent des Dames de la Foi.

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Huile sur toile.
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Lorsqu’en 1792, l’inventaire des biens de l’abbaye avait été fait avant qu’ils ne soient vendus comme biens nationaux, il est appelé « maison des religieuses » ; des courriers échangés en 1787 avec Jacques-Antoine de Lartigue – qui lui créa une rente viagère – nous permettent de savoir que la supérieure en était alors sœur Jeanne Laborde. D’une superficie de 48 toises et 18 pieds, la maison comprend également une cour d’une contenance de 50 toises et 18 pieds « y compris la galerie ». Au rez-de-chaussée une « grande chambre de classe », une autre salle et une cuisine ; à l’étage une « grande chambre des pensionnaires, une petite chambre d’une religieuse, la chambre de la prière et la chambre des religieuses ». Le tout fut vendu 736 francs au Clairacais Étienne Loubet, docteur en médecine, le 3 pluviôse de l’an VIII. Ce fut plus tard un couvent où était dispensé un enseignement catholique : le dénombrement (recensement) de 1856 nous apprend qu’y habitent la mère supérieure, Joséphine Marie Loubet (54 ans), et cinq religieuses : Marie Bazire, Marguerite Buisson, Catherine Rey, Jeanne Lamorère, Égérie Hamilton ; la mère supérieure était la fille d’Étienne Loubet, née le 29 germinal de l’an IX. La maison devint plus tard la propriété du diocèse d’Agen, avant d’être revendue à un particulier en 2017.

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Grâce aux cartes postales anciennes, nous gardons un souvenir de l’institution Saint-Foy. À cette époque, une grande croix de mission en fer forgé ornait la place ; en décembre 1963, le conseil paroissial donna l’autorisation à la mairie de la remplacer par la croix de mission en pierre de la place du Fort ; elle fut alors déplacée dans la cour du couvent.

C’est par son mariage que le champenois Alexandre Canelle de Lalobbe (1848-1919) est arrivé à Clairac, où il acheta en 1909 la propriété du Sinange. Ancien officier, il avait quitté l’armée à la suite de ses blessures lors de la fameuse bataille de Woerth en 1870. Jeune, il avait suivi les cours du peintre Cals, époux de l’une de ses cousines. À partir de 1881, il exposa régulièrement au Salon des artistes français, à Paris. Peintre de la nature, il se déplaçait avec son chevalet mais travaillait aussi à partir des nombreuses photographies qu’il faisait. À Clairac, il trouva une lumière qu’il avait sans doute cherché toute sa vie, dans la lignée du travail des impressionnistes deux décennies plus tôt : au fil de ses tableaux, il joue avec le ciel étincelant de la vallée du Lot, les rouges des tuiles et des volets, les verts des treilles mais aussi des cyprès, les teintes pastel des roses trémières qui étaient l’un de ses motifs favoris. À la veille de sa mort, en janvier 1919, il peignait encore les effets de la lumière sur la neige au Sinange.

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Gendarmes maritimes de l'École navale. 1943-1944. Photographie Péron.
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La cour du couvent et sa galerie, 1971.
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Entrée du couvent, 1971. Encre de chine, Guy Morizet.
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Place de l’Église, 2016.
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