Fontaine Renaissance
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Attribuée à Nicolas Rambourg (1559-1649)

Juin 1927 : un étrange convoi arrive en gare de Clairac : les caisses à claires-voies qui sont déchargées contiennent de volumineuses pierres taillées et sont progressivement hissées sur des charrettes tirées par de solides bœufs, pour être conduites vers le château de Roche où Édouard Delpech a décidé d’installer une fontaine qu’il vient de faire acheminer depuis le château de Sauvebœuf sur les bords de la Vézère.

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Photographie.
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Son épouse Henriette avait vendu ce château en 1924 après le décès de son père, le baron Oberkampf de Dabrun, mais elle avait souhaité conserver la fontaine qui en ornait la cour pour la réinstaller à Roche. Le 15 novembre 1926, alors qu’elle est encore à Sauvebœuf, la fontaine est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.
Dans le parc qui entoure Roche, Édouard Delpech implante la fontaine à mi-hauteur, le village et la vallée du Lot formant l’arrière-plan de cette mise en scène. Très vite, elle devient l’un des points forts du tourisme clairacais, les propriétaires laissant généreusement accéder les touristes et les enfants venus en colonie de vacances ; place Viçose, une plaque routière indiquent la direction à prendre, et les dépliants touristiques en font la promotion.
Au cœur d’un bassin hexagonal, trois vasques superposées, portées par des colonnes, composent la fontaine, haute de plus de huit mètres. Cinq colonnes entourant une sixième supportent la première vasque ornée d’un décor godronné et décorée de quatre têtes de faunes. Sur le pourtour de cette première vasque, six colonnes décorées d’écailles de poisson supportent la deuxième, ornée comme la première de godrons perlés. La troisième et dernière vasque, supportée par une colonne centrale, est entourée de quatre colonnes plus minces, surmontées de pots à feux, toutes les cinq reposant sur le niveau intermédiaire. Le couronnement est un rocher auquel s’adossent quatre figures, deux hommes nus et deux sirènes ailées. Toutes les quatre rejettent l’eau par la bouche, les seins, le sexe. Au sommet, un dé quadrangulaire s’élève, décoré de rinceaux et draperies, de têtes d’enfants et de guirlandes. Sur l’une des faces, la date du monument : 1610.
Étudiée par le marquis de Fayolle (La Revue de l’Agenais, 1931), Suzanne Gendry (Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1969), puis enfin Jean-Emmanuel de Ferrières de Sauvebœuf (Art et histoire en Périgord Noir, 2012), la fontaine est désormais attribuée à Nicolas Rambourg, sculpteur et architecte du château de Hautefort ; il est vraisemblable qu’elles étaient quatre à l’origine, dédiées aux quatre éléments, peut-être inspirées du Songe de Poliphile, de Francesco Colonna (paru en 1499).

Né à Saint-Mihiel (Meuse) vers 1559, l’architecte lorrain Nicolas Rambourg est mort le 2 juillet 1649 au château d’Hautefort (Dordogne), son œuvre majeure. Il s’était fixé dans le Périgord, alors que son frère aîné, Jean, s’était installé en Limousin. C’est probablement la famille Pérusse des Cars qui lui confie ses premiers chantiers.

Lorsque les Delpech vendent leur propriété de Roche au début des années 1990, la commune acquiert la fontaine dans l’intention de la réinstaller sur une place du village. C’est à cette époque que le ministère de la Culture étudie ce dossier, approuvant la proposition du nouveau propriétaire de Sauvebœuf, qui souhaite l’acquérir pour la réinstaller dans son cadre d’origine. Le 20 janvier 2012, la fontaine est définitivement classée au titre des monuments historiques. Aujourd’hui, la fontaine est toujours dans le parc de Roche. Quel sera donc son avenir ?

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Le château de Sauvebœuf, avant 1927. Henriette Delpech, née Oberkampf (?).
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Carte postale Chaban.
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Fontaine, Henri Maurousel.
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Fontaine, carte postale Cim.
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