« La Réforme a fait salle comble » : c’est ainsi que le quotidien Sud-Ouest a titré son compte rendu de la rencontre du 2 juin 2018. En effet, pour le deuxième colloque historique de Clairac, la salle du Lot était au maximum de sa jauge : plus de 200 personnes ont assisté à cette journée sur le thème de Clairac et la Réforme – XVIe et XVIIe siècles, organisée par la ville de Clairac, la Société académique d’Agen, les Archives départementales de Lot-et-Garonne, et coordonnée par notre Société. Sur les 200 participants, 180 venaient du département, se partageant pour moitié entre les Clairacais et… les voisins. Mais n’oublions pas celles et ceux qui étaient venus de Bordeaux, Toulouse, Montauban, Paris, voire Amsterdam ou les États-Unis !

Le public

Les intervenants, tous de brillants scientifiques qui ont consacré leur temps et leur compétence pour partager avec nous des pans souvent méconnus de l’histoire de Clairac, furent immédiatement séduits par le légendaire et chaleureux accueil clairacais.

Ainsi, à l’ouverture de cette journée, dirigée avec une ferme gentillesse par Nicole Lemaitre, professeur émérite d’histoire à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, Mgr Louis Duval-Arnould était accueilli, venu spécialement de Rome. Chanoine de Latran, il est abbé de Clairac en titre et reçoit à ce titre le président de la République à St-Jean de Latran, ce 26 juin 2018.

Le matin. R de Flaujac, N Lemaitre, P Chareyre, B. Barbiche, L Duval-Arnould, S Capot

La parole fut ensuite donnée à Philippe Chareyre (professeur en histoire moderne, université de Pau) pour nous faire connaître la riche personnalité de Gérard Roussel, nommé abbé de Clairac par Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et reine de Navarre ; un homme complexe qui fut, sa vie durant, à la lisière du catholicisme et de la Réforme, ce qui lui valut d’être l’objet de noires légendes de la part des uns comme des autres ! Complexité que l’on retrouva dans l’exposé de Bernard Barbiche (professeur émérite, école nationale des Chartes) sur la cour de Nérac, si proche de Clairac à tant de titres, où cohabitaient fidèles catholiques et fiers réformés, autour du jeune roi Henri de Navarre… Enfin, à la fin de la matinée, Stéphane Capot (directeur des Archives départementales de Lot-et-Garonne) nous ouvrit les recueils des jurades de Clairac, faisant revivre le quotidien des Clairacais aux XVIe et XVIIe siècles, à travers les élections, les rivalités, les sièges, les comptes municipaux, les familles, les procès… Plus d’un dans la salle eut sans doute envie de faire des comparaisons avec les temps modernes !

À l'heure du repas

C’est sur les bords ensoleillés du Lot que fut appréciée la pause méritée du déjeuner : entre l’ombrage bienvenu des arbres de la terrasse dominant la rivière et le flot particulièrement intempestif de celle-ci pour un mois de juin, un apéritif fut d’abord offert, avant qu’un buffet généreux ne sustente orateurs et public ! Puis, pas question de s’assoupir, l’après-midi débuta par la visite de l’abbaye, exceptionnellement ouverte par son propriétaire en ce grand jour ; et ceux qui avaient eu la chance de la découvrir en 2016 firent une visite guidée de l’ancien Clairac, de la place de la Halle, siège de l’ancienne mairie, jusqu’à la place de l’ancien temple, en passant par l’aristocratique rue Puzoque.

L'apres midi. N Lemaitre, S Brunet, D Christiaens, C Morizet, C Dutilh, G Hanlon

Dès 15h00, la séance reprit avec un public toujours aussi attentif notamment pour écouter Serge Brunet (professeur d'histoire moderne à l'université Paul-Valéry Montpellier III) évoquer les dispositifs militaires des Réformés et le synode de Clairac de 1560 ; Daniel Christiaens (membre de la Société académique d’Agen) resta dans la chose militaire en faisant revivre jour par jour, parfois heure par heure, le mémorable siège de 1621, comptant même le nombre de coups de canons quotidiennement lancés sur Clairac ; la preuve en fut même donnée par les boulets de fonte ou de pierre, pieusement conservés par les familles clairacaises !

Les preuves du siège

Grand spécialiste de l’Agenais venu du Canada, Gregory Hanlon (professeur, Dalhousie university / Halifax) fit découvrir, au rythme des lettres de Mgr Joly, évêque d’Agen à la fin des années 1660, le contrôle exercé par les instances catholiques sur la ville incontrôlable qu’était alors Clairac. En conclusion, Chris Dutilh (archiviste et généalogiste) et Clair Morizet (éditeur) proposèrent une immersion dans le Clairac de 1699, grâce au dépouillement d’un registre établi en 1699, listant avec une précision inouïe les « nouveaux convertis » de Clairac.

À la fin de l’après-midi, les conversations durèrent encore un long moment, après que Nicole Lemaitre ait tiré les premiers enseignements de cette journée, qui seront développés dans les Actes à paraître au printemps 2019. Participants et conférenciers se donnèrent rendez-vous – non sans plaisir – pour le 3e colloque, en 2020, qui sera consacré à Clairac au XVIIIe siècle.



Trombinoscope des intervenants